« Riches d’années » : quand la mission ne prend pas sa retraite

Le père Gian Franco Poli, vicaire épiscopal pour la vie consacrée du diocèse d’Albano. Photo : Jaime C. Patias

Le rideau étant désormais tombé sur les réflexions consacrées à la Vie consacrée, notre scène missionnaire du cours de formation G50, qui se déroule à Rome, s’ouvre sur un thème qui, tôt ou tard, devient un « mal commun » –  mais espérons-le, également une occasion de partager les fruits de l’expérience : le troisième âge. Comment l’affronter, le comprendre et, surtout, le valoriser lorsque le cœur reste tourné vers la Mission ?

Par Giacomo Mazzotti *

Pour inaugurer cette série de rencontres, nous avons eu la joie d’accueillir Don Gian Franco Poli, authentique Turinois et Vicaire épiscopal pour la Vie consacrée du diocèse d’Albano. Son parcours ferait pâlir d’envie n’importe quel cadre en pleine ascension professionnelle : outre ses nombreux diplômes dans les domaines théologique et pastoral, il est également médecin chirurgien et spécialiste en psychiatrie. Bref, le profil idéal pour prodiguer des conseils à un public qu’il préfère, avec un exquis et pittoresque euphémisme, ne pas appeler « personnes âgées », mais « riches d’années ».

Auditorium San Giuseppe Allamano au Généralat de Rome

Avec un style captivant, léger et jamais professoral, Don Gian Franco a conquis notre auditoire, attentif à chacune de ses paroles, en alternant la théorie nécessaire avec une véritable mine d’anecdotes cliniques et humaines, survenues de manière si opportune qu’elles semblaient avoir été écrites par un scénariste.

Comme le veut désormais la tradition, nous avons recueilli quelques-unes de ses réflexions les plus originales : des petites « doses » au parfum de gingembre, où le prêtre et le médecin se rejoignent dans une parfaite et convaincante harmonie.

  • Pas de retraite pour l’âme
    Le troisième âge n’est nullement le crépuscule de la vie, mais une saison de plénitude et de fécondité de l’esprit. Cesser de courir ne signifie pas cesser de fleurir.
  • La promesse de Dieu n’expire pas.
    Un magnifique verset biblique nous sert de boussole : « Jusqu’à votre vieillesse, je serai le même. » Nos forces physiques peuvent diminuer, mais la fidélité de Dieu ne prend pas de rides.
  • De l’efficacité à la confiance.
    Passer de l’action frénétique à la contemplation, ou de la force à la fragilité, n’est pas un appauvrissement. C’est une école supérieure de l’abandon à la Grâce, où l’on apprend véritablement à faire confiance à Dieu et moins à soi-même.
  • Une fécondité invisible.
    Même lorsque les résultats concrets deviennent moins visibles et que la santé se fragilise, le missionnaire « riche en années » demeure un pilier. Sa prière silencieuse et sa mémoire empreinte de sagesse constituent un trésor irremplaçable pour les jeunes qui sont aujourd’hui sur le terrain.
  • La longévité est un don, et non un simple calcul statistique.
    L’allongement de la vie des missionnaires n’est pas seulement une donnée démographique que l’on peut présenter sous forme de graphiques et de tableaux ; il constitue un véritable événement de l’esprit. Lorsque l’efficacité ralentit, la mission continue de parler à travers le langage de la sagesse, de la mémoire et d’une foi éprouvée par le temps.
  • En grève contre le « mythe de la productivité ».
    Le missionnaire « riche en années » constitue une magnifique provocation face à la mentalité moderne qui veut nous voir toujours jeunes, dynamiques et performants. Il montre au monde que la valeur d’une personne ne dépend pas de ce qu’elle produit et que la fragilité elle-même peut devenir une annonce particulièrement puissante de l’Évangile.
  • Vieillir est naturel ; se résigner, non.
    Le temps passe pour tout le monde et il est inutile de faire la guerre au miroir. Le corps et l’esprit changent : l’accepter avec réalisme, en mettant de côté les mythes de l’efficacité à tout prix, constitue le premier pas pour vivre dans la paix et le bonheur.
  • La valeur ne se mesure pas au rendement.
    La perspective chrétienne renverse les règles du monde : la saison de la fragilité n’est pas une période de mise à l’écart, mais un temps de maturation. La valeur d’un missionnaire ne se mesure pas au nombre de kilomètres parcourus ni au nombre de projets réalisés, mais à la mémoire et à la foi qu’il porte et qu’il garde dans son cœur.

En somme, si vous pensiez que le troisième âge d’un missionnaire signifiait jeter l’ancre et s’ennuyer, Don Gian Franco nous a démontré exactement le contraire. Certes, les pas deviennent plus courts et la trousse de médicaments peut devenir plus lourde que la valise, mais l’horizon reste le même: témoigner que l’Amour ne prend jamais sa retraite et que la Mission nous garde toujours jeunes !

La promesse de Dieu ne s’éteint jamais : « Je serai le même jusqu’à votre vieillesse. »

Au fond, être « riche d’années », c’est simplement avoir davantage d’histoires à raconter, davantage de Grâce à partager et davantage de temps pour regarder le monde avec les yeux de Dieu.

Alors, courage et en avant – tant que les jambes suivent ! – et… pleinement engagés pour la suite ! La mission continue.

* Père Giacomo Mazzotti, IMC, Équipe de communication du Cours G50

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