« Remets ton épée dans le fourreau »

Qu’ils sont beaux sur les montagnes, les pieds de celui qui apporte de bonnes nouvelles de paix ! (Ésaïe 52:7)

Le chemin de la paix dans un monde fragmenté par les guerres. En regardant le monde d’aujourd’hui, nous sommes confrontés à une vérité inconfortable : combien de paix l’humanité a-t-elle réellement connue ?

Par Kyoung Ho Han *

Lorsque nous réfléchissons sur l’histoire, il devient presque impossible de compter les jours sans guerre. Certains chercheurs suggèrent même qu’il est plus aisé d’identifier les moments de véritable paix que de calculer l’absence de conflits. Il ne s’agit pas seulement d’une simple observation historique, mais d’une profonde intuition sur la condition humaine. L’humanité n’a pas vécu naturellement dans la paix ; elle a plutôt existé de manière continue au sein de tensions, de divisions et de violences.

Dans ce contexte, le pape François a décrit notre époque comme une « Troisième guerre mondiale morcelée ». Cette expression n’est pas une exagération. Les conflits contemporains ne se limitent plus à un seul champ de bataille ou à une seule région. Ils sont, au contraire, dispersés à travers le monde, interconnectés par des intérêts politiques, des systèmes économiques, des tensions idéologiques et des divisions religieuses. Ensemble, ils forment une structure persistante de violence.

Père Kyoung Ho Han, IMC

Au cœur de tout cela, cependant, se trouvent des vies humaines : des familles qui perdent leur maison, des personnes contraintes de fuir leur terre, et d’innombrables individus dont les noms ne seront jamais rappelés. La guerre ne concerne pas seulement un territoire ; elle touche à la destruction de la dignité humaine. Elle brise les relations, déracine les vies et éteint l’espérance.

Face à cette réalité, l’Évangile apporte une parole étonnante. Au Jardin de Gethsémani, lorsque Pierre tire l’épée pour défendre Jésus, le Seigneur lui répond : « Remets ton épée au fourreau » (Jn 18,11).

Il ne s’agit pas simplement d’une interdiction morale de la violence. C’est un appel radical à transformer la manière dont l’humanité affronte le mal et recherche le changement.

Pierre agit par amour, en tentant de défendre son Maître. Pourtant, Jésus refuse son geste. La violence, même lorsqu’elle semble justifiée, finit par perpétuer le cycle qu’elle prétend interrompre. L’épée engendre une autre épée ; le conflit engendre un nouveau conflit.

Pourtant, Jésus n’abandonne pas la lutte. Il ne se retire pas dans la passivité. Il continue d’affronter l’injustice, de proclamer la vérité et de rester fidèle jusqu’à la Croix. Le changement ne réside pas dans l’engagement en lui-même, mais dans la manière dont il est mené.

Dans la lutte de Jésus, il n’y a pas d’épée. À sa place se trouvent l’amour, la vérité, le pardon et le don de soi. C’est ce que l’on peut appeler une lutte non violente.

Une telle lutte n’est pas passive. Elle exige un courage plus grand et une foi plus profonde. Elle ne cherche pas à détruire l’adversaire, mais à transformer le cœur. Elle rejette la haine et choisit l’amour ; elle refuse la vengeance et embrasse le pardon.

La Croix révèle la plénitude de ce chemin. Aux yeux du monde, elle apparaît comme un échec. Mais à la lumière de la foi, elle constitue la victoire la plus profonde. La violence peut imposer la soumission, mais seul l’amour peut engendrer la transformation.

Que sommes-nous donc appelés à faire aujourd’hui ? C’est ici que commence la mission de la Justice, de la Paix et de l’Intégrité de la Création (JPIC).

Être bâtisseurs de paix ne signifie pas seulement s’opposer à la guerre. Cela implique de dire la vérité, de résister aux récits qui justifient la violence et de rester aux côtés de ceux qui souffrent. Cela signifie choisir la solidarité plutôt que la neutralité.

Cela implique également de confronter la violence en nous-mêmes – dans nos paroles, nos jugements et nos attitudes. Car les racines de la guerre prennent souvent naissance dans le cœur humain.

Par-dessus tout, cela signifie refuser de renoncer à l’espérance. La guerre nous dit : « Il n’y a pas d’alternative. » L’Évangile affirme : « Il existe un autre chemin. »

Ainsi, l’Église n’est pas simplement une voix critique. Elle est appelée à être un signe vivant de paix à travers la prière, la réconciliation et la recherche de la justice.

Et, une fois de plus, nous écoutons les paroles du Seigneur : « Remets ton épée dans le fourreau. »

Ce n’est pas un appel à la peur, mais au courage. Déposer l’épée ne signifie pas abandonner le combat, mais en entamer un nouveau : un combat qui transforme le monde par l’amour.

* Père Kyoung Ho Han, IMC, membre de la Commission Nationale pour la Réconciliation.

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